Obstacles et Conflits : le moteur de vos parties
16/01/2026 | Arkhane Asylum

Obstacles et Conflits : le moteur de vos parties

Le jeu de rôle ne se résume pas à des règles ou à des affrontements. Ce qui fait battre le cœur d’une partie, c’est le conflit : ce qui résiste, ce qui complique, ce qui force les personnages à se révéler. Cet article propose des bases simples pour mieux comprendre et exploiter les obstacles.

Le jeu de rôle est un médium à part. À la croisée du jeu, du récit et de l’improvisation collective, il emprunte autant au scénario qu’aux mécaniques ludiques.

À travers cette série d’articles, nous souhaitons proposer sur le site Arkhane Asylum Publishing des articles de fond autour du jeu de rôle : scénario, narration, conseils aux meneurs de jeu, mais aussi réflexions et outils destinés aux joueurs. Certains textes seront très pratiques, d’autres plus théoriques ou ludiques. L’objectif n’est pas de donner des règles à suivre, mais de partager des outils, des pistes et des réflexions autour du jeu de rôle pour enrichir l’expérience autour de la table.

Ce premier article s’intéresse à une notion centrale, souvent évoquée mais rarement explicitée : le conflit, et les obstacles qui le font naître.

Quand on parle de JDR, on aborde souvent l’univers, les règles du jeu, les personnages, les pouvoirs et les combats.

Si tous nous avons des souvenirs d’un jet de dés épique, d’une carte magnifique, d’un personnage particulièrement bien campé ou d’une action d’éclat, l’un des éléments au centre de vos histoires et qui permettra de les magnifier c’est le conflit !

Pas forcément le combat, pas forcément le grand méchant en armure ténébreuse, mais cette tension, cette résistance, ce frottement qu’est le conflit.

Dans cet article je vais essayer de poser quelques bases simples :

-          Qu’est-ce qu’un conflit ?

-          Qu’est un obstacle ?

-          Comment adapter ces notions au Jeu de Rôle, un média à part ?

 

Le Conflit, bien plus qu’un combat

Dans le langage courant, le conflit est souvent réduit à une opposition violente. En narration et donc en jeu de rôle, il est beaucoup plus large.

Un personnage cherche à atteindre un but -> des obstacles se dressent sur son chemin -> cela créer du conflit -> donc des émotions.

Et si l’être humain raconte des histoires, quelle que soit leur forme (roman, film, narration, théâtre, JDR …) c’est pour transmettre, faire vivre et partager, des émotions.

Un conflit naît dès qu’un désir rencontre une résistance.

Tant qu’il n’y a rien qui s’oppose, il n’y a pas de tension dramatique. Et sans tension, il n’y a pas vraiment d’histoire.

Une scène sans conflit n’est pas forcément mauvaise, mais elle est souvent transitoire.

Une partie de jeu sans conflit perd vite de son intérêt.

Le conflit c’est donc la rencontre entre un désir, un but, celui de vos joueurs (et on reviendra sur cette notion) et les obstacles qui les empêcheront d’atteindre ce désir.

 

"La passion s’accroît en raison des obstacles qu’on lui oppose"

William Shakespeare

 

Les Obstacles

Si vous n’avez pas d’obstacle, vous aurez une histoire peu intéressante ou pas d’histoire du tout. C’est pour cela que vous préparez des pièges, des PNJs, des combats et tout un ensemble d’éléments pour vos parties.

Shakespeare l’exprime de façon très efficace : « La passion s’accroît en raison des obstacles qu’on lui oppose ». C’est-à-dire que plus vos joueurs vont rencontrer de difficultés plus la récompense sera grande. C’est d’ailleurs là un des rôles essentiels du MJ : rendre les obstacles difficiles à surmonter.

Cela permet notamment de donner l’occasion aux personnages et donc aux joueurs de se révéler, que ce soit avec l’utilisation d’une compétence particulièrement bien placée, par le biais d’une scène de roleplay dantesque, par une solution originale…

Vos joueurs veulent détruire le vampire qui menace leur ville ? Faites en sorte qu’il soit difficile à trouver, difficile à aller affronter et qu’une fois la confrontation finale lancée, là encore vos joueurs doivent faire face à encore plus de difficultés : un affrontement dans le noir, une prise d’otage de la part du vampire…

Mais ces difficultés, ces obstacles peuvent être de plusieurs natures, et il est même recommandé de les diversifier.

1. Les obstacles externes

Ce sont les plus évidents.

  • Un PNJ hostile ou méfiant
  • Une créature, une faction…
  • Un lieu dangereux
  • Une loi, une tradition, une institution

Ils ont l’avantage d’être clairs, lisibles et immédiatement jouables. Mais seuls, ils donnent parfois des conflits un peu mécaniques.

2. Les obstacles internes

Ici, l’ennemi est à l’intérieur du personnage.

  • Peur de l’échec
  • Loyauté contradictoire
  • Culpabilité
  • Orgueil
  • Manque de confiance

Ces obstacles sont souvent les plus puissants émotionnellement, mais aussi les plus délicats à manier à la table. Ils demandent l’implication du joueur et une vraie écoute du MJ. C’est aussi l’occasion parfaite de prendre en compte les défauts et autres désavantages selon le système de jeu.

Un obstacle interne n’est jamais imposé : il est proposé pour que le joueur l’incarne et c’est d’ailleurs souvent un moment gratifiant aussi bien pour le MJ qui fait l’effort de le mettre en scène que pour le joueur qui prend le parti de jouer autour.

3. Les obstacles externes d’origine interne

C’est souvent là que la magie opère en JDR !

Un défaut du personnage crée un problème extérieur. C’est littéralement la scène de Pippin qui, curieux, ne peut s’empêcher de toucher à tout provoquant ainsi la chute du corps du nain puis le saut dans le puis de la Moria qui réveille tous les gobelins alentour.

Des exemples :

  • Un noble arrogant ne peut s’empêcher de provoquer un duel
  • Un personnage trop honnête trahit un secret
  • Une impulsivité déclenche une catastrophe

Dans ce cas, le conflit devient plus personnel pour le joueur qui a commis l’impair mais il implique également ses compagnons  qu’il met en difficulté. Il ne peut s’en prendre qu’à lui-même… ou évoluer, ce qui peut être l’occasion de magnifiques scènes de jeu autour de la table.

4. Les obstacles internes d’origine externe ou le dilemme

Autre obstacle particulièrement savoureux à la table qui peut mener à des discussions animées entre les joueurs !

Un exemple d’élément externe : notre Vampire vient, par ses actions, renvoyer à un obstacle interne, en prenant en otage l’une des victimes que tentaient de sauver les joueurs.

Le dilemme marche déjà bien avec un seul joueur, mais il est démultiplié autour d’une table de jeu de rôle car chacun pourra camper le ou les avis de son personnage.

Dans le cas présent on pourra aisément voir plusieurs points de vue s’entrechoquer entre ceux qui veulent négocier avec le Vampire pour le retrouver plus tard afin de se venger (cas parfait pour une campagne), les autres qui vont se dire qu’on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs… Là encore de beaux moments de jeu mémorables autour de la table.

Surtout si l’on vient renforcer l’obstacle, c’est-à-dire y ajouter par exemple une contrainte de temps pour faire monter la tension.

Dernier conseil sur les obstacles :

Plus l’objectif est difficile à atteindre, plus ce dernier aura de valeur. Ce n’est pas parce que vous mettez plein de petits obstacles que cette valeur sera importante, mais à cause de la complexité et de l’impact de l’obstacle vis-à-vis de l’objectif.

Plusieurs pistes pour cela :

  •          Modifier l’importance d’un obstacle au fil de la partie. Au début, les joueurs peuvent être traqués par les autorités locales, mais le temps passant cela devient les autorités régionales puis nationales avec des moyens plus conséquents. C’est ce que propose Tales from the Loop avec l’excellente mécanique de « Compte à Rebours » facilement adaptable à bon nombre de JDR ou encore Hunter avec sa jauge de danger.  

  •  Affaiblir vos personnages. Il y a tout un arsenal qui vous le permet, par exemple quand vos joueurs sont reçus par un puissant seigneur local, ils doivent faire honneur à sa table et boivent un peu trop, ou plus simplement un état de fatigue conséquent, etc.
  • Enfin vous pouvez utiliser des notions d’urgence comme vu un peu plus haut.

En résumé, pensez JDR :

Il n’y a pas un héros, mais plusieurs.

En JDR, autour de la table, un obstacle peut :

  • toucher un des personnages
  • diviser le groupe
  • forcer à faire des compromis

À vous de voir ce que vous souhaitez explorer avec vos joueurs.

Une autorité partagée

Le MJ propose la situation, mais les joueurs décident des actions. Il est donc impossible, et inutile, de tout prévoir.

Un conflit réussi en JDR n’est pas un scénario figé, mais un désir clair, une résistance identifiable et des conséquences crédibles.

Le Rôle des règles et des dés

Les règles ne créent pas le conflit par elles-mêmes, elles en sont la mise en forme. Ce n’est pas parce qu’un élément n’est pas dans les règles que vous ne pouvez pas l’utiliser (exemple du Compte à rebours). De la même manière, vous pouvez aussi partir du principe qu’un échec à un jet de dés n’est pas une punition, mais un changement de direction proposé aux joueurs. C’est ce que propose Kult par exemple. Quand le système le permet, les désavantages, complications et succès partiels sont de formidables outils pour enrichir le conflit, plutôt que de le résoudre trop vite.

Derniers conseils aux MJs :

Avant une scène importante, posez-vous trois questions simples :

  1. Que veulent les personnages ?
  2. Qu’est-ce qui s’y oppose réellement ?
  3. Que se passe-t-il s’ils échouent… ou s’ils réussissent trop bien ?

 

Derniers conseils aux joueurs :

1.      Osez jouer l’obstacle

2.      Un défaut n’est pas une faiblesse de personnage : c’est une histoire.

3.      Acceptez de jouer :

·         l’hésitation

·         l’erreur

·         la mauvaise décision

Ce n’est pas “mal jouer”. C’est faire exister le conflit, et donc rendre la partie mémorable pour toutes les personnes autour de la table.

 

En conclusion

Le conflit n’est pas un accident du jeu de rôle. C’est son carburant.

Qu’il soit externe, interne ou né d’un défaut, il donne du relief aux personnages, du sens aux choix et de la tension aux scènes.

Dans les prochains articles, nous aborderons d’autres thèmes comme la notion de désir, mais aussi la gestion du conflit sur la durée, son exploitation dans un groupe…

 

Raphaël

Intervenant en scénario et scénario interactif. Je m’intéresse particulièrement à la manière dont les outils du récit peuvent enrichir nos expériences rôlistiques